Si Ahmed, vous avez formulé un vœu.
Le voici ici présent, pleinement exaucé.
Dédié à celles et à ceux qui un jour avaient franchi le seuil d’El jama’.
Essmagh , Essalsal , Allawha , Echotrog , une recitation individuelle , une recitation collective avant de ranger les ardoises , "tchrak " "tchrak " , Haya kraw , Haya kraw , et c’est parti vers les lieux spirituels , animés de bout en bout par de petits TALEB appelés Gnadizes .
Le Chotrog est un bâton léger dont le bout est rattaché à une queue de bœuf bien séchée au soleil méditerranéen. Les Gnadizes à l’aide de plumes taillées dans le bambou et de l’encre obtenue suite àune fusion de l’eau avec de la laine grillée, remuées à outrance jusqu’à l’obtention d’un extrait noirâtre. L’extrait a son tour, soumis à de petites doses d’eau est remué autant de fois jusqu’à ce qu’il devienne une encre pouvant reproduire lisiblement les Sourates sur la surface polie de l’ardoise.
L’œil vigile du Cheikh, les claquements du chotrog , une récitation tout azimut , rappellent sans doute aucun, que l’on est bel et bien dans une classe coranique .
Alhamdou lilahi rabi l 3alamin, Haya kraw , haya kraw , "tchrak " "tchrak " , et l’atmosphère dans son amplitude baignait dans un rythme cadencé que les voix des petits TALEB entretenaient en haut et en bas , raviviés a la fois par le regard perçant du Cheikh et les sinistres claquements du chotrog .
La machine humaine mise en mouvement, chaque petit TALEB et conscient que la journée est à pied d’œuvre.
El jama’ , implanté dans les quartiers du village , jouait un rôle prépondérant dans la vie sociale des habitants profondément marqués par les dogmes de l’Islam et par la tradition des anciens .
Les Gnadizes équipés de Lawha, reprennent chaque matin les chemins du jama ‘ , décidés a gagner le pari du parcoeurisme .
La récitation collective marquera ainsi la fin de la journée.
Elle doit se terminer sans faute aucune, et sans aucune hésitation.
La lawha doit inévitablement prendre sa toilette la plus honorable possible. Elle doit glisser heureuse dans l’eau claire et limpide trempée dans la blancheur et la saveur du salsal.
Dans le cas échéant ce sont les pieds qui feront ample connaissance avec la fameuse falaka.
Le célèbre peintre Dinet avait immortalisé cette épreuve titanique dans l’une de ses remarquables fresques réalisées a Boussaâda.
Le chotrog infaillible, intraitable, et incorruptible, omni présent remettait toujours les choses en place.
Cependant dans l’emploi des jours il y avait aussi des moments de grande joie et de détente. Pour le cheikh et pour les gnadizes rien absolument rien, n’égalait la journée des sadakates. Le chotrog dans une attitude de grande sérénité est momentanément mis en veilleuse, mais si prés du cheikh. Les nattes brillant par mille feuxrecevaient gracieusement les exquises de la cuisine traditionnelle.
L’honneur est au mbassas, au ftir, a la rouina, et au kaabouche.
Le cheikh d’habitude au regard franc et taciturne affichait des lors un large sourire et il avait toutes les raisons du monde d’être de la sorte car tout baignait dans la quiétude.
Dans peu de temps, chaque gendouz aura le privilège et l honneur de glisser dans la main du cheikh, une jolie pièce de cinquante centimes. En somme, c’est une belle offrande fruitée d’argent.
Le jour des SADAKATE c’est aussi un jour de grande référence pour le petit TALEB qui, au prix d’efforts louables et de sons de CHOTROG avait enfin soldé un HIZB entier, et que la mémoire ne manquera pas de retenir de façon claire, nette, et précise.
Une fois l’offrande ayant pris congé, laissant sur place des assiettes de terre cuite vidées de toutes victuailles, le CHEIKH d’une main sobre et sereine, usant de crayons noirs et de couleurs, armé de patience, transposait sur la LAWHA une série de formes géométriques rappelant en leur état les talismans des époques lointaines.
Une fois l’œuvre achevée, le flambeau ainsi conçu est remis aux honneurs du petit TALEB qui, fort confiant et rassuré, est dès lors fin prêt pour une grande traversée.
Le petit TALEB poussé par l’ardeur de montrer ses capacités intellectuelles, s’engage dans un périple qui doit l’amener en compagnie de sa LAWHA et de son HIZB tour à tour vers les ruelles, les rues, et jusqu’aux SOUKIFAS du village. Les habitants à leur tour n’ont jamais perdu de vue cette fierté de récompenser le petit TALEB : « tiens mon fils, tu mérites plus que ça. C’est le CORAN.» le petit TALEB en guise de remerciement, s’attaque sans réserve, sans faute aucune, et sans aucune hésitation à une récitation directe et dynamique.
Beaucoup, parmi les petits TALEB, armés de volonté ardue ont pu au fil des années, rejoindre la soixantième marche.
La marche du podium des podiums. « HAYA KRAW, HAYA KRAW », TCHRAK, TCHRAK, une récitation individuelle, une récitation collective et ainsi, chemin faisant, la classe coranique devait quitter son quartier pour une place dechoix dans la mosquée. Le CHEIKH, fonctionnaire de l’état à, lui aussi, perdu de vue les exquises d’antan, ainsi que le tintement des cinquante centimes. La classe coranique jadis libre et indépendante, est assujettie au règlement régissant les affaires religieuses. Le CHOTROG à son tour fut soigneusement rangé dans la mémoire « d’il était une fois ».
La LAWHA, le SALSAL, et la dwaya à leur tour se sont effacés au profit d’une ardoise magique qui, suite au frottement avec un KALEM invisible, fait apparaitre en sus d’un verset, d’un HADITH, la passion d’aller toujours vers de petites choses nouvelles s’adaptant avec l’esprit moderne, et les exigences du moment.
Les CHEIKHS dans leur mission d’enseigner la parole divine n’ont jamais dissocié leur devoir du CHOTROG. Cependant un seul a fait l’exception. En guise de traitement, il offrait à ses GNADIZES de succulents bonbons à la menthe. Il a pour nom : SI HNINI.
Abderrahmane BELFEDHAL.

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